La beauté vue à travers un regard féminin noir.
Dès mon plus jeune âge, je me souviens que ma grand-mère utilisait un petit bâtonnet en bois pour se brosser les dents.
Je me souviens que ma mère me disait d'utiliser du citron sous les aisselles.
La beauté a toujours été présente dans les rituels, dans les habitudes transmises discrètement de femme à femme, bien avant l'apparition des réseaux sociaux.
Au fil des ans, ma propre conception de la beauté a évolué à maintes reprises.
Il fut un temps où je me taillais les sourcils d’une finesse incroyable et où je suivais des tendances qui me font rire aujourd’hui. Les magazines et les campagnes publicitaires de mode avaient convaincu les femmes que la beauté ne se déclinait que sous une seule forme : des silhouettes minces, une peau plus claire.
Des générations entières de femmes ont grandi en essayant de se conformer à des normes qui n'avaient jamais été conçues pour nous.
Mais aujourd’hui, les débats sont plus vifs et la représentation plus large.
De nombreuses femmes avant nous ont mené des combats qui ont permis à d’autres de vivre plus librement leur corps et leur identité.
Et pourtant, même aujourd’hui, la beauté semble encore souvent étroitement liée à la conformité. Il suffit de passer quelques instants à faire défiler les réseaux sociaux pour constater à quel point l’individualité s’efface facilement. Les mêmes visages. La même esthétique qui se répète à l’infini.
Même au sein de nos propres communautés, le colorisme et la proximité avec les canons de beauté européens continuent d'influencer la perception.
Et au fil du temps, nous sommes nombreux à avoir pris nos distances par rapport à ce qui faisait autrefois notre singularité. Nos cheveux crépus. Nos traits distinctifs. Notre couleur de peau naturelle, d’un brun chocolat intense pour certains, caramel pour d’autres.
J'ai moi aussi été confrontée à mes propres contradictions. Je porte des perruques et des extensions, et à un moment donné, je me suis demandé si moi aussi je m'éloignais de ce que je considérais comme digne d'être célébré. Je m'étais convaincue que le fait d'opter pour ces artifices revenait en quelque sorte à rejeter l'authenticité.
Mais la condition féminine n'a jamais été aussi simple.
La transformation est elle aussi source de liberté.
La beauté vue à travers le prisme de la féminité noire, du moins pour moi, ne consiste pas à rejeter les perruques, le maquillage, le luxe ou la mise en valeur de soi. C'est une question d'intention. Il s'agit de se donner les moyens de s'exprimer sans se perdre en chemin.
J'adore les cheveux longs et raides, même si ce n'est pas ma chevelure naturelle. Cela ne veut pas dire que j'aime moins mes propres cheveux. Cela signifie simplement que la beauté peut prendre de nombreuses formes.
Qu'il s'agisse de perles autour de la taille ou de magnifiques tatouages corporels ancrés dans la tradition, la beauté a toujours existé bien au-delà des modes.
Fêtons ça !